

Ce premier projet réunissant Julien Baker et TORRES, deux figures avant-gardistes de la scène indie, mijotait depuis des années. Leur rencontre remonte à un spectacle en 2016, puis elles sont restées en contact. Pendant le confinement, une idée a germé : créer ensemble un album country. Mais pas n’importe lequel. Un album country queer. Cinq ans plus tard – et dans la foulée de la participation de Baker à un autre supergroupe indie, boygenius –, Send A Prayer My Way concrétise enfin ce rêve. Le résultat s’inscrit dans un vibrant mouvement d’albums country signés par des artistes queers comme Chappell Roan et Fancy Hagood, qui s’affranchissent des conventions d’un genre historiquement conservateur et fermé sur lui-même. TORRES, de son vrai nom Mackenzie Scott, a raconté à Apple Music que la confiance était au cœur du processus d’écriture et d’enregistrement. « On a toutes les deux suivi notre instinct », a-t-elle expliqué. « Et nos instincts respectifs nous disaient de laisser l’autre aller au bout de sa vision, sans interférer, sans chercher à contrôler les choses au point de créer un climat où l’une aurait tenté de forcer l’autre à faire quelque chose qui ne lui ressemblait pas. » Coproduit avec Sarah Tudzin du groupe illuminati hotties, Send A Prayer My Way s’ouvre tout en douceur avec « Dirt », une ballade délicate empreinte de chagrin et de regrets, et rehaussée par le violon mélancolique d’Aisha Burns (Balmorhea). Le ton change avec « The Only Marble I’ve Got Left », une chanson d’amour à la fois sombre et douce où Baker et TORRES cherchent à rester saines d’esprit dans un monde qui déraille. « Downhill Both Ways » met de l’avant l’alchimie vocale du duo : la voix feutrée de Baker trouve son parfait contrepoids dans le timbre affirmé de TORRES. Puis vient « Tuesday », qui plonge dans les réalités plus difficiles de l’expérience queer. TORRES y raconte comment elle est tombée amoureuse d’une jeune femme dont « la mère a eu vent que l’amie de sa fille pourrait être du mauvais bord » [librement : « mama caught wind that her daughter’s friend might be of the wrong persuasion »]. Et que serait un album country sans une ou deux chansons à boire? « Bottom of a Bottle » coche toutes les cases : la foi en déroute, l’amour perdu… et une bouteille vide. Scott, dont le démo original était plus lent et triste, craignait que Baker n’adhère pas à la pièce. Mais ses inquiétudes se sont vite dissipées, autre preuve de la complicité artistique qui les unit. « Elle se l’est vraiment appropriée », a dit Scott. « Mon Dieu, elle a complètement transformé la chanson. Le piano, surtout; le piano qu’on entend sur l’enregistrement, c’est Julien. Il me fend le cœur. »