

Le 10e album de Nightmares On Wax porte le nom d’une enceinte que la mère de George Evelyn lui a achetée quand il avait 13 ans. « Ma vie a changé à partir de ce moment-là », confie-t-il à Apple Music. « Une fois que j’ai eu ce sound system, tout le monde voulait être avec moi. Ça a été un tournant décisif. » Aujourd’hui installé à Ibiza, Evelyn raconte avec nostalgie ses débuts à Leeds. Il se rappelle cette enceinte qui lui a permis de rencontrer son collaborateur de Nightmares On Wax, Kevin Harper, par l’intermédiaire de la scène body-popping de Bradford. « La musique n’a cessé de me sauver la vie », ajoute-t-il. « Parfois, ces souvenirs remontent et je me rends compte que j’aurais pu prendre une direction complètement opposée et que ma vie aujourd’hui serait différente. » L’album d’Evelyn représente un hommage vibrant à ses racines, à la culture sound system et aux héros qui l’ont façonné. Il y intègre des artistes qui apportent leurs propres différences et spécificités, notamment Yasiin Bey qui assume un rôle plus mélodique dans « Bang Bien » et Greentea Peng qui évoque ses expériences formatrices lorsqu’elle écoutait les Fugees et s’arrêtait chez Nando’s dans « I Remember ». Du moment où le dubplate est lâché dans « Echo45 » jusqu’à la soul expérimentale de « True », Evelyn a soigné chaque détail. « On m’appelle Mr Tweaks [“Monsieur Bricole”] », déclare-t-il. « Quand un album a été masterisé et qu’il est prêt, je reviens en arrière et je l’écoute avec un regard neuf parce que j’ai oublié toutes les nuances que j’ai disséquées et analysées auparavant. J’aime partager ma musique avec les autres, mais c’est moi qui dois vivre avec. Il faut avant tout que je sois à l’aise avec tout ce que mes créations musicales contiennent avant que je ne puisse vraiment les adorer. » Le vrai test commence quand il écoute sa musique dans sa cuisine, en conduisant ou en se promenant. « On peut écouter ses propres titres en s’asseyant et en étant très analytique, mais ce n’est pas comme ça que l’expérience d’écoute doit se faire », explique-t-il. « C’est mieux si la musique flotte en arrière-plan. » Alors, que dirait le garçon de 13 ans qu’il était en écoutant sa musique ? « Ça me remplit de gratitude », ajoute-t-il. « Chaque jour, j’ai pour but de me sentir bien, de répandre la lumière et l’amour, et de faire preuve de gentillesse. » Découvrez Echo45 Sound System titre par titre, raconté par Evelyn. « Echo45, We Are! » (avec Oscar Jerome) « Oscar [Jerome] et moi, on se connaissait déjà parce qu’on avait fait un remix ensemble. C’est un artiste incroyable. J’ai organisé un concert unplugged à El Silencio à Ibiza et je l’ai invité. Ce projet était dans un coin de ma tête, et je lui ai dit “Écoute, je veux faire ça, mais ce n’est pas un morceau.” Je voulais faire un jingle soul à la manière des années 80, une sorte de signature. Même si Echo45 prend des formes différentes tout au long du projet, je voulais que ce morceau définisse l’album. Je voulais un son soul, mais pas ringard, et Oscar a réussi ça à merveille. » « Dive Into » (avec Louis VI) « Le morceau a été enregistré à Leeds en 2018 avec un grand ami et guitariste incroyable, Chris Dawkins, à la basse et avec le producteur et remixeur JD73 aux claviers. Au départ, c’était plutôt une énergie, une ambiance, puis j’ai travaillé davantage dessus dans mon studio à Ibiza. J’y ai intégré des extraits de flûte et de guitare provenant de vieux disques. J’ai fait une sorte d’alchimie, et j’ai envoyé deux ou trois morceaux à Louis [VI], mais c’est ce titre qu’il a retenu. Il me l’a renvoyé et j’ai été surpris du résultat. Je ne m’attendais pas à ça. Il a créé un son tellement profond et authentique. Il a fait ressortir quelque chose dans la musique, mais la musique a aussi fait ressortir quelque chose en lui. » « Desire » (avec Liam Bailey, Haile Supreme) « J’ai entendu le morceau de Haile Supreme “Danjahrous” pour la première fois en 2019 et deux semaines plus tard, je l’ai contacté. Il vivait à Brooklyn, et par pure coïncidence j’ai fait un concert là-bas, il est venu me voir et on a passé la soirée ensemble. Quelques semaines plus tard, il est venu dans mon studio à Ibiza et on a écrit cinq ou six morceaux en trois jours. C’était comme si on se connaissait depuis toujours. Il apparait beaucoup sur mon dernier projet, Shout Out! To Freedom... [l’album sorti en 2021], mais le premier morceau qu’on a écrit ensemble lors de ces sessions, c’est “Desire”. Liam a apporté un son à vif, et j’adore le message qu’il fait passer. » « Bang Bien » (avec Yasiin Bey) « C’était juste après le confinement, et j’avais envoyé quatre ou cinq morceaux à l’équipe de Yasiin Bey qui a répondu en disant qu’il aimait bien tous les morceaux. Tout le monde était choqué, même moi. Il vit à Barcelone et venait à Ibiza pour trois jours. C’était le morceau que je visais. Quand je suis en sessions d’enregistrement, j’ai toujours des conversations profondes avec les autres artistes, et je pense que cette connexion est vraiment importante. Yasiin m’a parlé de ses racines et de son héritage amérindien. Je voulais qu’il apporte une sonorité plus mélodique et méditative, avec une connotation spirituelle, plutôt que de faire du rap pur et dur. Il s’est complètement lâché en studio. On dirait un appel ancestral. C’était une performance superbe. » « Echo45 » (avec Liam Bailey) « Liam [Bailey] a totalement improvisé ce morceau. Il est venu à Ibiza et on a créé cette énergie ensemble : on est dans une soirée soundclash où on lâche notre dubplate, le moment qui représente notre son. J’ai toujours des boucles et des idées en tête. J’ai donc commencé à jouer des trucs et Liam s’est mis à improviser. J’ai enregistré tout ça avec mon téléphone. Une fois que tous les artistes sont partis, je suis retourné dans cette ambiance et j’ai retravaillé l’arrangement en solo. Ça a été un réel plaisir de créer ce morceau. » « True » (avec Sadie Walker) « J’ai commencé à travailler avec Sadie [Walker] en 2018 quand elle est venue sur la tournée Shape the Future. C’est une artiste incroyable, une âme lumineuse avec une voix qui porte une pureté fragile. Je lui ai demandé d’écrire quelque chose d’authentique, un morceau qui célèbre un évènement spécifique ou qui évoque le manque de quelqu’un. Le morceau parle de sa grand-mère, ce qui est un très beau thème. On a donné ce côté à la fois brut et doux au niveau de la production. J’ai fait appel à un bon ami à moi, Big Danny Kane, à la basse, pour qu’il apporte une touche impulsive et percutante, et le résultat est donc une ambiance assez trouble et languissante. » « I Remember » (avec Greentea Peng) « La connexion avec Greentea Peng s’est faite à distance pendant le confinement. Ici, elle se souvient d’elle-même enfant et de son éveil à la musique. Ce morceau est superbe et j’aime la façon dont elle établit des liens d’une perspective générationnelle, cette lignée des DJ, des MC et du breakdance. Le hip-hop a été une grande partie de ma vie. L’inspiration n’a pas de règles, et la culture hip-hop m’a appris que je peux créer n’importe quoi avec un minimum de moyens. Avant même de savoir ce qu’était le sampling, je me suis lancé dans la musique en transformant la platine en instrument et en utilisant des extraits de disques. » « Starwood Bound » (avec Sadie Walker) « Quand je monte un groupe pour partir en tournée, j’aime d’abord aller en studio et faire des sessions de jamming avec tous les artistes pour qu’on se rapproche et qu’on apprenne à mieux se connaître. En 2017, Sadie et moi, on travaillait sur un morceau complètement différent, mais ça n’a rien vraiment donné. J’ai posé le beat et la musique a évolué au fur et à mesure que je m’y suis plongé. Avec ma casquette de DJ, je n’ai pas suivi une structure couplet-refrain, mais j’ai plutôt créé un groove continu. Ce titre s’intègre parfaitement dans le disque. Encore une fois, on a une ligne de basse bien rugueuse et cette voix céleste qui flotte par-dessus. » « Ain’t so… » (avec LSK) « LSK, Leigh Stephen Kenny, est un très bon ami de longue date. Il était l’un des collaborateurs qui a travaillé sur la pochette de Smokers Delight [l’album légendaire de Nightmares On Wax de 1995]. On a écrit ce titre ensemble en 2016. On a l’impression d’être à l’église. Au niveau de la production, c’est un morceau qui diffère de mon style habituel avec une atmosphère assez étrange. C’est le seul morceau de l’album où il n’y a qu’un extrait dans le mix continu. Mais si vous écoutez la version complète, le message devient encore plus profond. » « Mumzie Cut » (avec Liam Bailey) « Dans mes souvenirs des sessions soundclash, il y a toujours cet instant suspendu : le sélecteur enchaîne les morceaux, et puis il lâche un dubplate. Liam [Bailey] et moi, on faisait du sampling sur des titres de Dennis Brown, on parlait de lui, et de tous ces artistes talentueux qui font des specials pour les sound systems. Et donc, voici notre special à nous. Un grand merci à Liam ici pour le contenu lyrique et l’énergie qu’il apporte. » « Holding On » (avec Ladi6) « Ce titre a été enregistré avec Ladi6 à Wellington, en Nouvelle-Zélande. C’était une autre mélodie qui traînait dans l’air, alors elle a écrit ce que ça lui inspirait. Elle apporte une énergie très différente. C’est un peu comme l’expression de quelque chose qui a été retenu et qui a besoin d’être relâché, un thème que j’adore. Pour moi, la musique soul n’est pas un style, c’est un sentiment, une expression, et c’est exactement ce que ce morceau nous transmet. Ensuite, on a cette ligne de basse rugueuse, avec des accents dub, presque répugnante qui vibre en sourdine. » « Wind of Change » (avec Yarah Bravo) « Yarah et moi, on a toujours des échanges profonds et inspirants. Elle est venue à Ibiza pour faire une session au coucher du soleil à El Silencio, et en studio, elle a été attirée par ce beat particulier. Yarah nous rappelle qu’on a tous la possibilité de changer, peu importe où on se trouve ou ce qu’on traverse. Il est important d’être conscient de ce qu’on dit, de ce qu’on exprime et de ce que les autres vont ressentir quand ils entendront votre musique. Au fil du temps, c’est incroyable d’entendre certains des commentaires que j’ai reçus sur mes morceaux. Parfois, quelqu’un vient te dire la chose la plus inattendue à propos d’un titre et de ce qu’il a provoqué chez lui. Si ça fait vibrer ne serait-ce qu’une personne, c’est largement suffisant. » « Hop — To — Mystic » (avec Liam Bailey) « Liam a improvisé les deux premières lignes et on a décidé d’écrire le reste à partir de ça. C’est une belle fin au projet. C’est comme si quelqu’un arrivait à la fin de la soirée et vous recouvrait d’une couverture. C’est le titre qui vous borde ! En m’appuyant davantage sur le côté roots du reggae, je continue de faire des clins d’œil à des artistes talentueux comme Dennis Brown et Mykal Rose. Je pense que Liam, avec son énergie incroyable, a l’élan pour aller jusqu’au bout. Quand il a sorti cette ligne, “It feels right just where we are” [“On est bien, juste là où on est”], c’était tellement vrai que ça m’en a donné des frissons. » « Echo 45 Sound System (Full Continuous Mix) » « Le mix continu est venu en premier. Quand on monte un album, la partie la plus difficile est toujours l’ordre des morceaux. Big up à Skratch Bastid, qui a fait les cuts et les scratches pour donner à l’album une sensation plus live. Un petit détail qui fait toute la différence. La compilation, c’est ce que j’ai préféré. »