

Brandi Carlile n’est certainement pas la seule autrice-compositrice à s’inspirer de Joni Mitchell. Mais elle fait partie du cercle très fermé des artistes qui peuvent se vanter d’avoir sorti un album directement inspiré de sa collaboration étroite avec la célèbre artiste canadienne. « Je venais de terminer de jouer au Hollywood Bowl [en 2024] avec Joni, et ça occupait une si grande place dans mon esprit et dans ma vie spirituelle », confie-t-elle à Zane Lowe d’Apple Music. « Je me sentais vraiment à un tournant émotionnel de ma carrière, parce que je voulais que ce soit également un moment charnière pour Joni. » L’investissement de Carlile dans le comeback de son idole, ainsi que Who Believes in Angels?, son projet de 2025 avec Elton John, une autre de ses idoles et mentors, lui ont laissé peu de temps à consacrer à sa propre musique. « C’est devenu tellement épuisant et envahissant que cette petite voix intérieure a commencé à me dire : “OK, tu ne vas pas vivre très longtemps si tu continues à placer la barre aussi haut dans des situations aussi stressantes” », dit-elle. « “En plus, tu te caches aussi un peu.” » Après son séjour à Los Angeles avec Mitchell, elle s’est rendue au Long Pond Studio d’Aaron Dessner, dans le nord de l’État de New York, pour commencer à travailler sur Returning To Myself. « Je ne savais pas si nous allions écrire des chansons pour quelqu’un d’autre, ou écrire des chansons pour moi, ni même ce que nous allions faire », explique-t-elle. Elle admet avoir eu du mal au début avec le processus, mais le résultat final va du tendre et sentimental « Anniversary », au colérique « Church & State » en passant, bien sûr, par un hommage émouvant à Mitchell elle-même avec « Joni ». Lisez ci-dessous les réflexions de Carlile sur quelques titres clés de son nouvel album. « Returning To Myself » « Je n’ai même pas apporté de guitare. Je suis montée à l’étage dans la chambre, je me suis assise sur ce lit en regardant un mur blanc, et j’étais tellement stressée d’être seule. J’ai écrit le poème pour Returning To Myself. Ce n’était qu’un poème ; il n’y avait pas encore de musique ni rien. J’étais presque en train de le rejeter. Je me disais : “OK, c’est ça. C’est une noble quête, moi qui fixe ce mur. C’est ça, apprendre à être seule. Je suppose que je suis en train d’évoluer en ce moment. J’ai l’impression de ne rien faire du tout, juste de me faire plaisir et de rester assise ici sur ce lit.” » « Human » « J’ai vraiment le sentiment que, depuis que l’histoire est consignée, chaque génération croit être celle qui vit la fin du monde. Je trouve ça très réconfortant. Et c’est vrai : nous voyons tous nos conflits, nos guerres, nos bouleversements politiques, la tyrannie et la démocratie en équilibre constant. Nous sommes pris dans une boucle, la boucle de l’humanité. Et ne soyez pas apathiques. Ne l’ignorez pas. Ne détournez pas le regard. Battez-vous. Militez. Levez-vous chaque matin et réfléchissez à la façon dont vous pouvez servir l’humanité. Mais touchez aussi l’herbe. Réalisez aussi que vous êtes ici pour une fraction de seconde et que vous ne voulez pas regarder en arrière et réaliser que vous avez manqué tout le reste parce que vous pensiez vivre la fin du monde. » « Church & State » « Nous étions censés faire un jam et cette chanson était vraiment charnelle. Nous étions en cercle. C’était un vrai moment de rock’n’roll. C’était le 5 novembre, le soir de l’élection [présidentielle américaine de 2024]. Je suis entrée en studio, l’ordinateur ouvert, l’esprit en vrille, dans un état émotionnel difficile. Je savais déjà ce qui allait arriver. J’avais écrit “Human” la nuit précédente, et c’était comme un cri primal d’auto-préservation en quelque sorte. Non seulement pour moi, mais pour tout le monde. »