

Après leur récent Requiem de Mozart, Raphaël Pichon et Pygmalion offrent une lecture réfléchie et méticuleusement ciselée du Requiem allemand de Brahms, transcendant l’universalité de son message. Œuvre de « consolation pour ceux qui souffrent », c’est une messe aux morts humaniste qui évite le pathos et la grandiloquence, entreprise par le compositeur dans sa vingtaine pour affirmer la présence de la joie à l’arrière-plan du deuil. Pichon célèbre un sacré aux proportions humaines avec une direction privilégiant la clarté, la respiration et l’équilibre. Le baryton Stéphane Degout témoigne de superbes ressources dramatiques dans la sixième section où il interprète un Paul prophétique, tandis que le soprano très incarné de Sabine Devieilhe dialogue magnifiquement avec les hautbois, flûtes et clarinettes au début du cinquième mouvement. Portée par un orchestre et un chœur en état de grâce, cette version du Requiem allemand oscille entre ombre et lumière pour atteindre une ferveur contenue, un recueillement sobre et puissant, laissant affleurer la sensibilité à l’œuvre dans les pièces plus intimistes du compositeur.